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Trois, quatre, six, sept ou douze ?

   

Pourquoi dit-on les trois âges de la vie ? Pourquoi trois et non pas quatre ou plus ? Je n’y avais jamais pensé avant de trouver cette question posée dans un intéressant dossier de la Bibliothèque nationale de France consacré à l’enfance au Moyen-âge.

3 SI la division de la vie en trois périodes correspondant à la croissance, à la stabilité et au déclin se retrouve dès l’Antiquité, au Moyen-âge, cette division n’est qu’une conception possible parmi d’autres, en fonction des époques et des auteurs. Bien sûr, le nombre 3 est associé à la Sainte Trinité (le Père, le Fils et le saint-Esprit), à la Sainte Famille (les parents et un enfant unique) et aux trois continents dont on croyait alors que le monde était composé (Europe, Asie et Afrique).

4 La vie peut être divisée en quatre comme l’année est divisée en quatre saisons. Quatre aussi comme les quatre éléments qui composent le monde (l’air, l’eau, la terre et le feu), comme les quatre Évangiles, comme les quatre fleuves du Paradis. Tout cela s’accordait bien à l’idée que l’homme était un microcosme, c’est-à-dire une miniature du monde.

6 La vie peut-être divisée en six périodes car c’est en six jours que Dieu a créé le monde. Le septième, il n’a rien fait.

7 Il y a cependant sept jours dans la semaine car le septième jour, Dieu s’est reposé et il a médité sur sa création. Il y a sept planètes (dans le système astronomique de l’Antiquité et du Moyen-âge). La connaissance est divisée en sept arts libéraux : la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmétique, géométrie, l’astronomie, la musique. Du côté du mal aussi, on retrouve le nombre sept avec les sept péchés capitaux : l’avarice, la colère, l’envie, la gourmandise, la luxure, l’orgueil, la paresse.

12 Il y a douze mois dans l’année, comme le Christ avait douze apôtres. Et au douzième siècle, on s’est mis à penser que la vie devait être divisée en douze.

Les âges de la au au Moyen Âge, dossier de la BnF.
Dictionnaire des nombres.

Rosalie

On trouve dans les ventes du dimanche, dans les vide grenier, sur les marchés aux puces, des brocanteurs qui proposent aux promeneurs toutes sortes de vieilles choses désuètes parmi lesquelles des cartes postales et des lettres jaunies à l’écriture soigneusement calligraphiée où nous lisons en passant des fragments d’histoires parfois drôles, parfois surréalistes car tout le contexte nous en échappe et parfois étrangement touchantes, comme si quelques images d’un film perdu défilaient devant nos yeux. Peut-être Maupassant aurait-il pu avoir ainsi l’idée du personnage de Rosalie… C’est en tout cas ce que nous fait penser ce très intéressant document retransmis par Olga :

    J’avais 15 ans quand mes parents sont morts. Les Vauds m’avaient gardé chez eux parce que j’étais la sœur de lait de leur fille Jeanne qui était au couvent. Ils se comportaient avec moi comme si j’étais leur seconde fille. À cette époque, j’étais très heureuse.
    Un jour, Jeanne est rentrée du couvent et toute la famille s’est installée au château, à la campagne, pour quelques mois. Je me suis occupée de Jeanne. Elle était comme une petite fille qui ne connaissait rien de monde. Les jours passaient tranquillement. Mais un beau jour, il y eut une visite qui a changée toute ma vie.
    Un jeune vicomte a commencé à fréquenter les Vauds. Il s’appelait Julien de Lamare, il était beau et charmant, il m’a beaucoup plu et j’ai cru que je lui plaisais, moi aussi. Puis Julien a commencé à venir me voir régulièrement. Je suis devenue sa maîtresse. J’avais peur de me trahir. J’étais toujours la bonne et il était vicomte. Il m’a toujours assuré qu’il m’aimait. Mais un jour, on m’a annoncé qu’il y avait un mariage. Julien avait demandé la main de Jeanne ! J’étais malheureuse, mais mes relations intimes avec lui n’ont pas cessé. Je savais que nous faisions une chose mauvaise, mais je ne pouvais pas me défendre de sa tendresse.
    Tout a changé quand j’ai appris que j’étais enceinte. J’étais heureuse, mais j’avais peur d’en parler. Après quelques mois, Julien a découvert que j’attendais un bébé. Il était en colère et il a arrêté de venir me voir. Personne ne savait rien. Pendant ma grossesse, je ne me sentais pas bien. J’étais très malheureuse et ma maîtresse le voyait, mais elle était tellement naïve que ce n’était pas difficile de lui cacher mon état. Malheureusement, un jour où je faisais le ménage, j’ai commencé à accoucher dans sa chambre. Elle était plus angoissée que moi. J’avais peur qu’elle apprenne la vérité sur mes relations intimes avec son mari Julien….

Baby box

    Ce mercredi soir (le 3mai), nous avons eu une assez longue conversation au sujet des enfants abandonnés. Je ne sais plus si cela avait un rapport avec la maternité douloureuse de Jeanne (note pour les éventuels internautes arrivés ici par hasard : nous lisons Une vie, de Maupassant). Jeanne était torturée par le désir d’un deuxième enfant et elle dut combattre la répugnance qu’elle avait désormais pour Julien avant de se résoudre à avoir à nouveau une relation avec son propre mari. Mais quelques mois plus tard, après la mort tragique de Julien et de la comtesse, Jeanne eut une fausse-couche et perdit son enfant. Bref, la vie est bien injuste. Des couples qui rêvent de famille nombreuse ne peuvent avoir d’enfants tandis que certains autres seraient prêts à vendre les leurs. À ce propos, nous avons parlé d’un baby box installé à Prague dans le mur d’un hôpital. Les femmes qui ne désirent pas garder leur enfant peuvent y déposer leur bébé anonymement. Les enfants sont ensuite récupérés par l’institution qui se charge de leur trouver une famille d’accueil. Que penser de ce système ? Les enfants adoptés subissent un choc émotionnel terrible lorsqu’ils apprennent que leurs parents ne sont pas leurs géniteurs mais leurs parents adoptifs. Devenus adultes, certains entreprendront des recherches pour retrouver la trace de leurs parents biologiques. Alors, s’il n’y a aucune possibilité de retrouver une trace de ce lien biologique, ils devront passer le reste de leur vie déchirés par cette incertitude. Bref, ce sujet nous a mené assez loin puisque nous avons également parlé des mères infanticides, des cadavres de bébés cachés dans des pots de fleurs… Heureusement, Olga avait préparé le résumé du roman de Rosalie (note pour les éventuels internautes arrivés ici par hasard : nous imaginons les romans des autres personnages du roman de Maupassant), ce qui nous a ramené à notre sujet.

    Si vous désirez savoir comment les choses sont organisées en France pour les femmes qui ne veulent pas être mère de leur enfant, vous trouverez des informations intéressantes sur la page de l’association « Le mouvement français pour le planning familial ».
    Au programme de notre prochaine rencontre : les chapitres X et XI et, si vous en avez le temps, votre résumé du « roman » du personnage que vous aurez choisi.

Madame Adélaîde

La vie des autres personnages d' Une vie

Comment imaginer une jeunesse à cette énorme dame impotente qui ne peut plus faire quelques pas sans qu'on la soutienne, qui s'endort à tout moment en ronflant comme un ogre, dont le poids fait trembler toute une pièce lorsqu'on la fait rire ?
... Howard a retrouvé quelques pages d'un carnet qui pourrait bien avoir été le journal de la mère de Jeanne, la baronne Adélaïde Le Perthuis des Vauds. Voici le texte qu'il a réussi à déchiffrer:

Je lui disais toujours que nous devrions donner à notre fille une autre éducation que le couvent. J’ai souffert de la même chose et je pourrais vous raconter des histoires effrayantes sur la cruauté des religieuses, la pruderie, l’hypocrisie et, surtout, sur l’ennui. On pouvait dire que j’étais une mauvaise élève, mais seulement parce que je me sentais emprisonnée. Je ne pouvais pas attendre la fin de mes études pour voir ma libération de cette prison. Aussitôt après m’être sauvée, j’ai rencontré mon futur mari, qui, ayant à l’époque un esprit charmant et gai, aimait s’amuser. C’est avec lui que j’ai joui de mes premiers jours de liberté. Mais étant jeune et stupide, j’ai pensé que ce temps durerait toujours, et j’ai donc fait l’erreur de l’épouser. Ce n’étaient pas ses aventures amoureuses qui me gênaient, mais plutôt le changement de son caractère. Au lieu de la joie de vivre que je lui avais connue, je trouvais que son âme était devenue lourde et lente, et il était plus sérieux et philosophe. Il a commencé à lire de grands livres sur la morale et à fréquenter un nouveau cercle d’intellectuels. Pour supporter cette atmosphère étouffante j’ai eu une aventure, qui s’est bientôt développée en quelque chose de plus important que ce à quoi je m’étais attendue. Quand cette liaison à été découverte par mon mari, la guerre s’est déclarée entre nous – moi, je soutenais que j’étais libre de faire tout ce qui me plaisait, lui, il voulait me convaincre que les femmes devraient rester pures et innocentes et ne pas se conduire comme des coquettes – comme il m’en a accusé. Quand notre fille Jeanne avait neuf ans, si je ne me trompe pas, il a décidé de l’envoyer au couvent. Cela a été pour moi la dernière goutte, et je lui ai fait la guerre sans trêve et sans merci parce que je savais que Jeanne qui était plutôt comme ma sœur que comme moi ne s’adapterait pas bien au monde réel lorsqu’elle aurait fini ces études-là. Malheureusement, j’ai perdu cette bataille qui était la dernière de la guerre. C’est depuis cette époque que je suis comme vous me voyez maintenant – grosse, nerveuse, somnolente et survivante à mes souvenirs. Et comme je l’avais prévu, tout s’est mal passé pour Jeanne. Il vaut mieux ne rien dire au Baron – ça n’aiderait pas et puis il est trop tard. J’espère seulement que Jeanne n’aura pas autant de regrets que moi quand elle atteindra mon âge…

Maupassant - Une vie

Des vies – les histoires des autres personnages qui traversent l’histoire de Jeanne

Imaginez que le portrait de chacun de ces personnages (il s’agit à chaque fois du premier portrait du personnage en question, par ordre d’apparition dans le roman jusqu’au chapitre VIII) est le début d’un roman consacré à ce personnage. Vous êtes critique pour une revue littéraire qui présente les premières lignes de nouveaux romans un suivies d’une présentation ou d’un résumé de la suite de l’histoire…

Le baron
Rosalie
La baronne
l'abbé Picot
Julien de Lamare
Le père Lastique
La tante Lison

Maupassant, auteur de bédés

(lecture d'Une Vie de Maupassant, suite)
Il y a beaucoup d’images dans ce roman. À la lecture, j’ai l’impression que Maupassant a imaginé cette histoire comme une succession de petits tableaux : La pluie derrière la fenêtre de la chambre de Jeanne à Rouen. Le calendrier dans les mains de Jeanne dont les jours sont barrés jusqu’à la date de sa sortie du couvent. On frappe à la porte. Le tête-à-tête du baron et de Jeanne. Jeanne qui revient en courant, toute contente. La grosse baronne qui descend les escaliers, soutenue par son mari et par une jeune bonne. Etc.
Un roman idéal pour en tirer un film ? En fait, il me semble qu’il n’y a pas de grandes descriptions qui nous permettent de nous faire d’emblée une idée du décor dans lequel nous ferions ensuite évoluer les personnages. Pas non plus de scène suivie pas à pas pour imaginer des mouvements de caméra comme au cinéma lorsqu’elle nous indique la direction du regard du personnage au moment où on frappe à la porte, puis nous montre la porte qui s’ouvre, le buste de la personne qui entre dans l’encadrement de la porte, son visage, le visage de la personne qui est dans la pièce, et enfin un plan pris du couloir nous permet de voir les deux personnages en même temps. La personne qui est entrée, de dos, se dirige vers la personne qui est restée près de la fenêtre et la caméra se rapproche du coin de la pièce où les deux personnes se font face, etc.
Non, il me semble que dans ce roman, ça ne se passe pas du tout comme cela. Reprenons encore l’histoire au début. Nous voyons : Jeanne. Les bagages dans la chambre. La fenêtre derrière laquelle tombe la pluie. Le calendrier dans les mains de Jeanne. La main du baron frappant à la porte. Le portrait du baron. Jeanne qui part en courant. La grosse baronne qui descend les escaliers. La voiture à chevaux dans la rue, sous la pluie.
Il y a des romans qui se lisent vraiment comme si on en voyait le film, comme les romans de Steinbeck, par exemple : On a l’impression d’être une sorte de metteur en scène doué de pouvoirs magiques qui suivrait depuis son hélicoptère les déplacements de ses personnages d’un bout à l’autre des Etats-Unis. Dans ce roman de Maupassant, au contraire, je vois plutôt les images comme des illustrations de moments juxtaposés les uns à la suite des autres pour faire une histoire. Et finalement, en essayant de noter ces images l’une après l’autre, j’ai commencé à me dire que je décrivais les vignettes d’une bande dessinée, ou d’en faire le synopsis.
Tiens ! Qu’en pensez-vous ? Si nous faisions le scénario du roman pour une adaptation en bande dessinée ? Nous trouverons bien un dessinateur pour réaliser notre projet d’après nos indications…

Bains de mer

CourbetetretatbisAprès les années d’enfermement au couvent, Jeanne commence une nouvelle vie dans son château au-dessus de la mer. Elle passe ses journées en promenades, à courir au bord des falaises, ou bien s’arrêtant sans raison dans un vallon, enivrée par les plaisirs de la liberté et du plein air. Et puis elle se baigne, elle nage très loin, vers le  large. De son côté, le baron se met à la pèche. Tôt le matin, encore au clair de lune, il part en barque, comme un simple marin, lever les filets qu’il a placés la veille… Mais les plaisirs nautiques de Jeanne et de son père, sont avant tout le reflet de la passion de Maupassant pour la mer. Il est difficile d’imaginer qu’à l’époque à laquelle il a situé le roman —1819— une jeune fille, et d’autant plus une jeune fille « de bonne famille », ait pu se baigner de cette façon. En fait, la mode des bains de mer n’a commencé à se développer en France qu’entre 1824 et 1830 à Dieppe.
Illustration: la plage d'Étretat peinte par Gustave courbet vers 1869 (Une Vie est publié en 1883).

Les bains de mer expliqués et illustrés par les enfants d’une école. Senneville, région de Rouen.

Une vie - premier chapitre

Personnages :
Jeanne, 17 ans, elle vient de sortir du couvent où son père l’avait mise à l’âge de douze ans. « Elle semblait un portrait de Véronèse avec ses cheveux d’un blond luisant… Ses yeux étaient bleus… Elle avait, sur l’aile gauche de la narine, un petit grain de beauté, un autre à droite, sur le menton… Elle était grande, mûre de poitrine, ondoyante de la taille. »
Le père, « le baron Simon-Jacques Le Perthuis des Vauds était un gentilhomme de l’autre siècle, maniaque et bon ». « Sa grande force et sa grande faiblesse, c’était la bonté ». « Homme de théorie ».
La mère (la baronne, Adélaïde), « devenue énorme depuis quelques années ».
Rosalie, 18 ans « une grande fille de chambre forte… C’était une Normande qui paraissait au moins vingt ans… On la traitait dans la famille un peu comme une seconde fille, car elle avait été la sœur de lait de Jeanne ».

    C’est le 3 mai 1819, Jeanne finit de faire ses bagages. Avec sa famille, elle doit partir pour le château où ils vont passer les mois d’été. Mais la pluie interminable risque de retarder le départ. Heureusement, après un rapide entretien avec son père —ce qui donne à l’auteur l’occasion de décrire ce personnage— Jeanne réussit à convaincre sa mère. Aidée de Rosalie, la bonne, on fait monter la grosse baronne dans la voiture et le voyage commence.
    Maupassant évoque rapidement les paysages un peu mornes de la Normandie, et, dans l’engourdissement des personnages enfermés sous la pluie dans la berline, il nous fait un bref exposé de la situation familiale : ces aristocrates ont encore de l’argent, mais « cela coulait, fuyait, disparaissait. Comment ? Personne n’en savait rien. »
Vers le soir, la pluie cesse. Mais ce n’est que la nuit tombée qu’on arrive au château. Exténuée par le voyage, la baronne va aussitôt se coucher. Le baron et sa fille dînent en tête-à-tête puis visitent l’immense maison qui vient d’être rénovée. À onze heures, la jeune fille se retrouve seule dans sa chambre décorée à la mode de l’époque. C’est la mode du temps, sans doute, mais il y a vraiment beaucoup de meubles tout de même !
    En tout cas, après avoir essayé de dessiner le lit de Jeanne d’après la description détaillée qu’en fait l’auteur, nous nous sommes demandé comment on pouvait dormir dans un tel monument !
    Est-ce le décor fantastique et loufoque de cette chambre ou l’excitation de sa nouvelle vie après la prison du couvent ? Jeanne ne peut pas trouver le sommeil et passe une partie de la nuit à la fenêtre, emportée dans ses rêveries…

 

Berline : Voiture hippomobile suspendue, à quatre roues et à deux fonds, garnie de glaces et d’une capote. (Le Petit Robert)

Une vie dans un pays pluvieux

Mercredi soir, il pleuvait, comme souvent en Normandie. Et justement, c’est dans cette région pluvieuse que se déroule le roman que nous allons commencer à lire: Une vie, de Guy de Maupassant. Nous avons passé en revue le vocabulaire de la météo de Monsieur Tout-le-monde. Pour une météo un peu plus précise, vous pouvez consulter le site de météo France ou bien le site de TV5 pour la météo internationale.
Pour le prochain rendez-vous: lecture du premier chapitre.